Pentecôte. Ce mot ne rime-t-il pas avec week-end, routes encombrées et heureux moments au bord de la mer ou dans notre belle campagne eurélienne ? Cette année, ce seront aussi les terrasses des cafés et restaurants envahies par ceux et celles qui aspirent à sortir enfin pour vivre des retrouvailles amicales. Nous les comprenons et nous en profiterons aussi.

Cependant la Pentecôte – chavouot – est d’abord une fête juive, cinquante jours après celle de Pessa’h qui fait mémoire de l’alliance scellée sur la montagne entre Dieu et le peuple hébreu à la sortie d’Égypte. Moïse y recevait les tables de la loi sur lesquelles étaient gravés les dix commandements, fondements de la loi naturelle. C’est à l’occasion de cette fête, alors que Jérusalem est envahie de pèlerins, que les apôtres, la Vierge Marie et des disciples sont rassemblés au Cénacle dans l’attente du don promis par Jésus, que vient le Paraclet, l’Esprit de vérité qui allait leur donner ses dons nouveaux en vue de la mission. Saint Luc raconte des faits stupéfiants, des langues de feu qui se posent sur chacun et des claquements de tonnerre. La vie nouvelle est communiquée. Les apôtres fortifiés sortent du lieu où ils étaient et parlent aux foules de ce Jésus qu’ils proclament être ressuscité. C’est le début des nombreuses conversions chez les juifs qui attendaient le Messie annoncé par les Écritures. C’est le déploiement de l’Église. Ses membres partent vers les quatre points cardinaux de l’Empire romain et même au-delà comme saint Thomas qui s’en va vers les Indes. Aux peuples enténébrés, le message de l’unicité de Dieu et du salut opéré par Jésus-Christ touche les cœurs de ceux qui craignaient des esprits et des divinités malveillantes. À ces peuples, saint Paul annonce une triple libération : celle du péché, celle de la mort et celle de la loi. Pourquoi la loi ? Car la loi révèle le péché sans donner la force de s’en extraire. (Cf. Rm 7,7) Dorénavant c’est la grâce qui sera notre soutien. Et cette grâce ne manque pas à ceux qui mettent leur confiance en Jésus, qui vivent des sacrements, qui invoquent le Saint Esprit. « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. » (Rm 5,20) Acquérir l’Esprit Saint est le but premier de toute vie chrétienne. Vivre de ses dons ouvre tous les chemins de la fraternité et de la solidarité.

Aussi, nous voici réintroduits dans la thématique du pape François, la joie de l’amour. Avez-vous goûté un peu plus avant cette joie ? Avez-vous pu lire le texte du pape et y puiser quelques perles pour embellir vos relations ? Le chapitre 5 de l’exhortation traite de « l’amour qui rend fécond. » Si d’emblée, le pape parle de l’enfant qui est le fruit de l’amour et du don, il ouvre son propos vers une fécondité plus grande, vers la famille élargie. « L’amour donne toujours vie. » (n°165) Cette partie débute donc sur la joie de l’attente et de l’accueil d’un enfant. Le véritable amour est toujours un don qui offre à l’être aimé d’exister pour lui-même. En retour, la joie authentique jaillit lorsque les deux amants se reçoivent totalement, sans jugement, sans possession. De leur don réciproque et chaste, corps et âme, surgissent leur plaisir et l’être nouveau, l’enfant.

Malheureusement, il n’en va pas toujours ainsi et la communion peut ne pas être là lorsque l’être humain profite des autres à son avantage, de leur générosité ou de leur corps. L’enfant qui arrive peut être rejeté, considéré comme indésirable. Abandonné, sans amour protecteur, il peinera à se construire comme être autonome et libre. Comme elle est dure la société qui laisse dans un tel abandon autant de jeunes ! Heureusement, la rencontre d’un nouvel amour, celui de parents d’accueil, d’amis véritables, d’éducateurs passionnés pourra sauver le chemin difficile de ces jeunes. Surtout, s’ils rencontrent de vrais témoins de Jésus, ils pourront recevoir toute la Miséricorde divine qui reconstruira en eux la confiance et l’espoir que leur vie a un sens et qu’ils sont des êtres de valeur. À nous catholiques d’être à la croisée des chemins de la vie pour nous aider les uns les autres. Dans la société, il y a la tentation prométhéenne de mettre la main sur la vie favorisée par la puissance financière de groupes industriels. L’Église ne peut pas soutenir de tels projets, même s’ils semblent apporter une réponse au désir d’enfants de femmes seules, de couples de même sexe. « Tout enfant a le droit de recevoir l’amour d’une mère et d’un père, tous deux nécessaires pour sa maturation intégrale et harmonieuse […] Tous deux, homme et femme, père et mère, sont les coopérateurs de l’amour du Dieu Créateur et comme ses interprètes » (n°172) Nous savons que ce ne sera pas le cas pour beaucoup d’enfants. Beaucoup n’ont qu’un parent voire aucun. Dans des pays de grande pauvreté, beaucoup de pères sont partis parfois des années comme émigrés avec l’espoir d’un travail rémunéré pour soutenir leur famille. D’autres sont morts à la guerre. Tant d’enfants sont orphelins et la nouvelle pandémie a aggravé cette situation. Mais chez nous, le risque est aussi l’absence du père absorbé par le travail ou occupé par lui-même et ses activités dévorantes et qui laisse le soin à la mère de prendre en charge les affaires de l’école et de la vie spirituelle. L’enfant a besoin de la tendresse, de la présence, de l’écoute et de l’autorité aimante de son père. Il n’y a pas d’autorité authentique sans amour. Son père est sa sécurité. La mère lui apporte ses nombreuses qualités, sa confiance et le soin quotidien qui s’exprime dans mille choses. Elle aussi a son rôle irremplaçable pour l’enfant jusqu’à sa vie d’adulte.

La fécondité du couple ne peut se limiter à la procréation. Certains adoptent un enfant pour lui offrir un foyer, soit parce qu’ils n’en ont pas ou pour l’accueillir parmi leurs propres enfants. Cela est magnifique mais souvent difficile. Qu’ils soient bénis pour leur générosité ! D’autres élargissent leur fécondité en servant les autres au sein de la société. Ils mettent leurs talents au service de l’éducation, des soins, des associations caritatives. Catholiques, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes pour la transmission de la foi, ils éveillent le désir de Dieu, montrent la beauté de l’Évangile et témoignent d’un art de vivre ouvert aux plus pauvres. Le pape explique que la vie eucharistique ne peut être détachée de l’accueil de l’autre. Il appelle à la cohérence de vie, par l’accueil des pauvres et des petits. Jésus avait condamné le riche qui ignorait le pauvre Lazare couché à sa porte. Certes ce riche put mener une vie aisée mais il y perdit la béatitude de la vie éternelle. A quoi sert de gagner le monde entier si c’est pour tout perdre finalement ?

La famille est un trésor à découvrir et redécouvrir. Il est rare qu’un homme ou une femme ne souhaite pas en fonder une. Mais la famille ce sont aussi nos anciens. La pandémie n’a-t-elle montré combien nous souhaitons entourer d’affection ceux et celles qui nous ont donné la vie et tant d’autres choses ? Les anciens apportent beaucoup aux jeunes, ce que m’écrivait une jeune fille confirmante en me parlant de sa joie à passer du temps avec son grand-père âgé. La vie surprend parfois. La famille s’élargit et accueille des personnes nouvelles, les « beaux », d’autres enfants nés ailleurs, des personnes de cultures diverses. Elle s’enrichit de traditions et de modes de relation nouveaux et parfois surprenants. Dans l’amour, il est nécessaire de s’accueillir et de découvrir les faces heureuses qu’apporte cette nouveauté. Là aussi, n’y a-t-il pas une réelle fécondité ?

L’amour est beau et grand. En ces jours de la Pentecôte, nous pourrions vraiment chanter l’Esprit Saint en lui demandant de venir en nous et parmi nous, en l’accueillant dans nos relations pour les parfaire et les transformer.

Prions encore la Vierge Marie qui dut s’adapter à une vie non prévue, au service de son époux Joseph et de leur fils Jésus, appelé Fils du Très-Haut. Ils eurent une vie normale comme ceux de leur village Nazareth. Ils travaillaient de leurs mains. Leur cœur était tourné vers le Seigneur à tout moment, en fredonnant les psaumes et les hymnes de leur peuple.

Vierge Marie,
Mère du Christ Prêtre,
Mère des prêtres du monde entier,
Vous aimez tout particulièrement les prêtres,
Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.
Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,
Et vous l’aidez encore dans le ciel.
Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,
Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.
Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,
Qui nous donnent les sacrements,
Nous expliquent l’Évangile du Christ,
Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.
Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,
Les prêtres dont nous avons tant besoin,
Et puisque votre cœur a tout pouvoir sur lui,
Obtenez-nous, ô Marie,
Des prêtres qui soient des saints.
Amen.

+ Mgr Philippe Christory